Santé en Uruguay : système, assurances, classements, problèmes et coûts.
Anna Bamburova
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L’Uruguay dispose d’un système de santé complet qui intègre les secteurs public et privé dans le cadre du Système national intégré de santé (Sistema Nacional Integrado de Salud, SNIS). Créé en 2007, ce système assure depuis lors une couverture universelle des services de santé à l’ensemble de la population.
1. Comment fonctionne le système ?
Le financement passe par le Fonds national de santé (Fondo Nacional de Salud, FONASA), alimenté par les cotisations salariales obligatoires, les cotisations patronales et les fonds publics. L’État, par l’intermédiaire du ministère de la Santé publique (MSP), joue le rôle de régulateur : il fixe les règles de prise en charge, contrôle la qualité, détermine les délais maximaux d’attente pour les services de santé et sanctionne les infractions. L’État possède également le plus grand prestataire de soins, l’ASSE (Administration des services de santé de l’État), qui gère un réseau d’hôpitaux publics et de polycliniques dans tout le pays.
2. Soins de santé publics ou privés ?
Le secteur privé est principalement représenté par les sociedades médicas, ou « mutuelles » (mutualistas) : des organismes médicaux non étatiques à but non lucratif qui possèdent des hôpitaux et des cliniques. Les assurés du FONASA ont le choix : ils peuvent s’affilier soit au prestataire public, l’ASSE, soit à l’une des mutuelles privées.
Dans la pratique, la plupart des gens préfèrent les formules proposées par les mutuelles privées : l’Uruguay compte plus de 40 mutuelles de ce type, auxquelles adhère la majorité des assurés. Elles fonctionnent selon un principe d’adhésion : moyennant une cotisation mensuelle, elles proposent un large éventail de services sans franchise, sans plafond de remboursement ni limitation du nombre de recours aux soins.
Les cliniques et les hôpitaux privés jouent donc un rôle clé en assurant l’essentiel des services de santé, tandis que les hôpitaux publics complètent le système, en particulier pour les personnes non couvertes par une assurance et dans les régions reculées.
En Uruguay, les compagnies d’assurance, en tant qu’intermédiaires financiers distincts, occupent une place moins importante. Outre les mutuelles, seule une faible part de la population souscrit des polices d’assurance privées complémentaires pour accéder à des services et à des cliniques haut de gamme. Ces assureurs privés — par exemple BlueCross & BlueShield Uruguay, Medicina Personalizada MP et Summum — proposent généralement des prestations de niveau supérieur ou une couverture internationale moyennant un supplément, mais ne font pas partie du SNIS. Dans l’ensemble, le rôle de l’État consiste à coordonner les deux secteurs : le MSP agrée tous les établissements de santé, veille au respect des normes et, par l’intermédiaire de la JUNASA (Conseil national de la santé), gère la répartition des fonds du FONASA entre les prestataires.
3. Particularités de l’assurance maladie et choix de l’établissement de santé
Le modèle de santé uruguayen combine de fait des éléments d’assurance sociale et un système à payeur unique. Tous les résidents ayant un emploi déclaré ainsi que les employeurs versent des cotisations au FONASA, constituant ainsi un fonds qui finance aussi bien les établissements publics que privés. En contrepartie, chaque assuré peut choisir de se faire soigner dans le système public de l’ASSE ou auprès de l’une des mutuelles privées.
L’affiliation initiale intervient généralement lors de l’embauche ou de l’ouverture des droits à l’assurance, mais il existe aussi un mécanisme permettant de changer périodiquement d’établissement : une fois par an, il est possible de changer de prestataire de soins. Pour cela, il faut se présenter en personne auprès de la nouvelle mutuelle choisie au cours du mois correspondant au dernier chiffre du numéro de la carte d’identité.
Cette période de « libre affiliation » est répartie sur l’année — par exemple, si le numéro d’identité se termine par 7, le changement s’effectue en juillet —, ce qui évite de surcharger le système.
Outre la campagne annuelle de libre affiliation, il est également possible, depuis 2023, de changer exceptionnellement de prestataire à tout moment : si le prestataire actuel ne respecte manifestement pas les délais d’attente fixés pour les soins, ou en cas d’autre problème grave d’accessibilité ou de qualité, le patient peut déposer une plainte et obtenir du MSP l’autorisation de rejoindre un autre organisme en dehors du calendrier établi.
Cette mesure a été adoptée à la suite de plaintes concernant des délais d’attente prolongés : le nouveau règlement (décret n° 114/023) autorise expressément le changement anticipé de mutuelle lorsque les délais réglementaires d’attente pour consulter un médecin spécialiste ou passer un examen ne sont pas respectés. Entre 2023 et mai 2025, 253 patients ont demandé à changer d’établissement pour ces raisons ; l’État a accepté 205 de ces demandes. Parmi les 253 demandeurs, 214 étaient précisément des usagers du secteur public de l’ASSE souhaitant rejoindre des mutuelles privées. Ce mécanisme stimule la concurrence et incite les prestataires à respecter leurs obligations.
Afin que les citoyens puissent choisir leur établissement de santé en connaissance de cause, le ministère de la Santé publique a lancé un service spécial de comparaison en ligne. Le portail A Tu Servicio ( atuservicio.uy ) publie chaque année des données sur tous les organismes de santé membres du SNIS. Les utilisateurs peuvent comparer les principaux indicateurs des mutuelles : temps d’attente moyen pour obtenir un rendez-vous dans les différentes spécialités, disponibilité des spécialistes, capacité en lits, taux de satisfaction, etc.
Cette transparence constitue l’une des particularités du système : ces données permettent d’établir de fait un classement des hôpitaux et des cliniques selon leur attractivité. Il convient toutefois de noter que les compagnies d’assurance privées — non pas les mutuelles, mais bien les assureurs commerciaux haut de gamme — ne sont pas intégrées à ce système de comparaison et ne rendent pas leurs tarifs publics.
Pour l’immense majorité de la population, le choix se fait néanmoins entre une quarantaine de mutuelles et le prestataire public ASSE, tandis que la concurrence pour attirer les patients incite les établissements à améliorer leurs services.
4. Technologies modernes et télémédecine
L’Uruguay investit activement dans les technologies médicales et la numérisation de la santé : les dépenses de santé représentent environ 9 % du PIB national et devraient atteindre près de 10 % d’ici 2027. En 2012, le gouvernement a lancé le programme Salud.uy afin de créer un écosystème national de santé numérique. Dès 2017, une norme obligeant tous les prestataires de soins à mettre en place des dossiers médicaux électroniques (Historia Clínica Electrónica Nacional, HCEN) avait été adoptée : à l’horizon 2020, au moins 90 % des interactions avec les patients devaient être enregistrées sous forme électronique. Aujourd’hui, tous les grands hôpitaux et toutes les grandes cliniques tiennent des dossiers médicaux numériques, et les données des patients sont accessibles, dans le respect de la confidentialité, aux médecins de différents établissements.
S’appuyant sur cette infrastructure, un système national de prescription électronique a été mis en place en 2019 : les médecins peuvent établir des ordonnances en ligne, et les patients retirent leurs médicaments à la pharmacie au moyen d’une validation numérique, sans formulaire papier.
De nombreuses pharmacies proposent la livraison de médicaments à domicile, un service devenu particulièrement demandé pendant la pandémie de COVID-19. Depuis 2019 fonctionne également le Réseau national unifié d’imagerie diagnostique : les résultats d’examens tels que les radiographies, les IRM et les scanners sont versés dans un système commun, ce qui permet aux spécialistes de tout le pays de les consulter rapidement. Cela a supprimé la nécessité de transporter des films ou des disques et accéléré le diagnostic, en particulier dans les situations d’urgence.
La télémédecine est devenue l’un des domaines les plus prometteurs. En mars 2020, l’Uruguay a adopté sa première loi sur la télésanté (Ley 19.869), qui a établi le cadre juridique des services médicaux à distance. Depuis lors, les téléconsultations se développent activement. Le secteur public a particulièrement progressé dans ce domaine : selon les données disponibles à la fin de 2024, l’ASSE publique avait mis en œuvre un plan national de télémédecine, équipé 105 centres dans tout le pays pour les consultations vidéo, formé plus de 1 000 membres du personnel et déployé des consultations à distance dans 33 spécialités médicales. La télémédecine permet déjà de mettre en relation les patients des régions rurales et reculées avec des spécialistes de la capitale, réduisant ainsi la nécessité de longs déplacements et les délais d’attente.
Les consultations à distance sont particulièrement demandées en psychiatrie, en dermatologie, en endocrinologie et dans d’autres domaines où les médecins locaux sont trop peu nombreux. Le développement de la télémédecine favorise un accès plus équitable à des soins de qualité en atténuant les disparités géographiques dans la répartition des spécialistes.
L’Uruguay peut également se prévaloir d’une forte densité médicale : il compte 4,6 médecins pour 1 000 habitants, ce qui le place au deuxième rang en Amérique latine et au onzième rang mondial.
Selon cet indicateur, l’Uruguay devance les pays voisins : à titre de comparaison, le Brésil et l’Argentine comptent environ 2 à 4 médecins pour 1 000 habitants, et le Chili environ 2 à 3.
Cette forte densité de médecins s’explique en partie par la qualité de la formation médicale et par des conditions de travail attrayantes. Toutefois, la taille modeste du pays présente aussi un inconvénient : au sein d’une population peu nombreuse, les spécialistes ont plus de mal à acquérir une grande expérience des cas rares ou complexes. L’Uruguay encourage donc les stages de médecins à l’étranger ainsi que le recours, en collaboration avec des cliniques étrangères, à un deuxième avis à distance (tele-second opinion), afin que les patients atteints de maladies rares puissent consulter les meilleurs experts.
5. Problèmes et plaintes des patients
Malgré ces réussites, les Uruguayens expriment souvent leur mécontentement à l’égard de certains aspects du système de santé. Le grief le plus fréquent concerne les files d’attente et les retards dans l’accès aux soins. Selon les enquêtes, le temps d’attente constitue précisément la principale plainte des usagers du système. Dans certains cas, il faut attendre plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous avec des spécialistes très sollicités — par exemple un neurologue, un endocrinologue ou un dermatologue —, en particulier dans les mutuelles comptant de nombreux affiliés. Lors d’échanges privés, des patients indiquent ainsi que l’attente peut durer plusieurs mois en psychiatrie, en neurologie et dans certaines spécialités chirurgicales.
Cette situation s’explique par la surcharge des médecins : la « surpopulation » de patients dans les mutualistes les plus prisées entraîne une pénurie de créneaux de consultation. Parallèlement, des plaintes font état d’une « faible qualité de service » : manque d’attention du personnel, locaux vétustes dans certaines cliniques, attitude indifférente, etc. Les services d’urgence bondés, notamment dans les hôpitaux publics, et les longues files d’attente à l’accueil figurent également souvent dans les témoignages des citoyens.
Il convient de noter que l’Uruguay a fixé par voie réglementaire des délais maximaux d’attente pour les soins médicaux. Selon les règles du SNIS établies en 2007, une consultation avec un médecin généraliste, un pédiatre ou un gynécologue doit être proposée dans les 24 heures suivant la demande, une consultation avec un chirurgien général dans un délai maximal de 48 heures et une consultation avec un spécialiste, par exemple un cardiologue ou un neurologue, dans un délai maximal de 30 jours.
Les interventions chirurgicales programmées et non urgentes doivent être réalisées dans un délai maximal de 180 jours à compter de leur prescription. Ces normes sont assez ambitieuses, mais ne sont pas toujours respectées dans la pratique, notamment dans le secteur public et les mutualistes surchargées. Le ministère de la Santé publique reconnaît le problème du non-respect des délais et prend régulièrement des mesures : les prestataires qui enfreignent les normes relatives aux délais d’attente peuvent être sanctionnés par une amende. De 2019 à 2024, le MSP a infligé des amendes à au moins dix établissements de santé pour dépassement des délais maximaux ; la plus forte, de 200 UR, soit environ 365 000 pesos, a été imposée à l’ASSE en 2024.
Dans le même temps, l’autorité de régulation offre aux patients qui se mobilisent un moyen d’agir : comme indiqué plus haut, plus de deux cents personnes ont déjà exercé leur droit de changer d’établissement avant l’échéance prévue en raison de délais d’attente excessifs.
6. Médicaments : prescription, disponibilité et prix
L’Uruguay dispose d’un système strict de délivrance des médicaments. Il existe trois types d’ordonnances médicales, qui se distinguent par leur couleur et leur usage : l’ordonnance blanche pour la plupart des médicaments soumis à prescription, c’est-à-dire les médicaments courants nécessitant un suivi médical ; l’ordonnance verte ou bleue pour les psychotropes, tels que les antidépresseurs et les benzodiazépines ; et l’ordonnance jaune ou orange pour les analgésiques narcotiques ou opioïdes et les autres substances faisant l’objet d’un contrôle particulièrement strict. Chaque médicament homologué possède un statut de délivrance défini par le ministère de la Santé publique : strictement sur ordonnance, sur ordonnance renouvelable, sur recommandation médicale (médico recomendada, catégorie de médicaments qui peuvent officiellement être vendus sans ordonnance, mais pour lesquels un avis médical est souhaitable) ou en vente libre.
Les antibiotiques, les médicaments hormonaux et cardiovasculaires, entre autres, ne sont donc vendus que sur présentation de l’ordonnance correspondante, tandis que certains médicaments en vente libre, comme les analgésiques et certains remèdes contre le rhume, sont librement accessibles. Le ministère de la Santé publique délivre aux médecins, en quantité limitée, des formulaires spéciaux verts et jaunes pour les psychotropes et les médicaments contenant des substances narcotiques, et les pharmacies comptabilisent rigoureusement chaque médicament délivré sur présentation de ces ordonnances. Ce système vise à prévenir l’usage abusif des médicaments contrôlés.
Il convient de noter que l’Uruguay a été l’un des premiers pays de la région à adopter les ordonnances électroniques, ce qui a simplifié l’achat de médicaments.
En matière de disponibilité des médicaments, la situation en Uruguay est favorable. Quelque 7 000 à 8 000 médicaments sont homologués sur le marché et, même lorsqu’une marque particulière est temporairement indisponible, des équivalents contenant le même principe actif sont généralement proposés. Cette disponibilité est favorisée à la fois par la production pharmaceutique locale et par les importations parallèles en provenance de différents pays.
La politique publique comprend l’achat centralisé d’un certain nombre de médicaments essentiels par voie d’appels d’offres, ce qui garantit leur disponibilité dans les hôpitaux publics. Il arrive toutefois que ce système entraîne des pénuries : si l’entreprise retenue rencontre des difficultés d’approvisionnement, certains médicaments peuvent manquer jusqu’à la livraison suivante.
Les représentants du secteur soulignent que la consommation de médicaments par habitant est très élevée en Uruguay, alors que leur prix moyen reste relativement bas. Selon le président de l’Association des laboratoires pharmaceutiques, le prix moyen d’une boîte de médicaments est d’environ 40 à 45 pesos uruguayens, soit près de 1 dollar. Ce prix est nettement inférieur à celui pratiqué dans de nombreux autres pays et compte parmi les plus bas d’Amérique latine.
Il s’agit bien sûr des médicaments génériques courants et des produits de grande consommation. Les médicaments importés les plus récents peuvent coûter cher : certains traitements innovants contre le diabète ou le cancer, par exemple, se chiffrent en centaines de dollars. Dans ce cas, toutefois, l’État intervient.
L’Uruguay se distingue favorablement de ses voisins en finançant pour ses citoyens des médicaments coûteux contre des maladies graves. Depuis la réforme de 2007, un Fonds national de ressources (FNR) prend en charge les programmes de soins très coûteux : interventions chirurgicales onéreuses, prothèses et médicaments à coût élevé. D’après les données de 2019, le système uruguayen prend gratuitement en charge 56 médicaments coûteux indiqués pour 39 maladies différentes, sans aucune participation financière du patient.
Cette situation est unique en Amérique latine : dans de nombreux pays voisins, ces médicaments sont soit totalement indisponibles, soit accessibles uniquement au terme de longues démarches administratives, d’actions en justice ou de dépenses personnelles considérables. En Uruguay, le principe est le suivant : si un traitement coûteux est intégré à un programme après évaluation de son efficacité, le patient est assuré de le recevoir sans charge financière. Ainsi, les thérapies ciblées modernes contre le cancer, les traitements biologiques contre les maladies rares et certains nouveaux médicaments contre le diabète, notamment les analogues injectables du GLP-1, sont fournis aux frais de l’État après approbation par une commission médicale du FNR. La centralisation des achats — l’État agissant comme un acheteur unique de poids, parfois par l’intermédiaire du Fonds commun de l’OMS/OPS pour les achats stratégiques — permet de réduire les prix et d’assurer un financement durable.
Ainsi, même les patients qui ont besoin de médicaments dont le coût se chiffre en millions ne sont pas privés de traitement : le système uruguayen s’acquitte de cette fonction sociale mieux que tout autre système de la région.
7. Coût de l’assurance maladie
L’un des aspects attrayants du système de santé uruguayen est le coût relativement faible de la couverture médicale. Les citoyens affiliés au FONASA par l’intermédiaire de leur employeur n’ont pratiquement aucune dépense directe à supporter : leur cotisation est prélevée sur leur salaire, à hauteur d’environ 3 à 8 % selon leurs revenus et le nombre de personnes à leur charge, tandis que l’État verse le complément. Même les personnes qui ne travaillent pas dans le secteur formel, comme les retraités n’ayant pas suffisamment cotisé, les travailleurs indépendants ou les expatriés, peuvent adhérer à une mutualiste à titre payant. La cotisation mensuelle (cuota) à un programme complet de soins médicaux s’élève à environ 3 500 à 4 000 pesos uruguayens par adulte.
Cela équivaut à environ 90 à 100 dollars américains par mois, soit quelque 1 100 à 1 200 dollars par an. La couverture des enfants coûte moins cher : environ 2 200 pesos par mois, soit près de 55 dollars. Une famille de trois personnes peut ainsi bénéficier d’un ensemble complet de services médicaux pour environ 200 dollars par mois, ce qui est nettement moins cher qu’une assurance privée de niveau comparable en Amérique du Nord ou en Europe.
Selon les estimations destinées aux expatriés, les programmes privés de santé en Uruguay coûtent généralement entre 80 et 150 dollars par personne et par mois, selon la mutualiste et la formule choisies.
Les programmes plus coûteux, dont le prix approche les 150 dollars, proposent généralement des prestations étendues : chambres plus confortables, accès plus rapide aux spécialistes, soins dentaires et prise en charge des lunettes, voire couverture internationale. Les programmes de base restent toutefois de bonne qualité et se situent dans le bas de cette fourchette, autour de 80 à 100 dollars. À Maldonado, par exemple, le programme standard de la clinique locale La Asistencial coûte environ 57 dollars par mois, tandis que son programme VIP le plus haut de gamme coûte près de 150 dollars.
Une adhésion annuelle coûte donc en moyenne entre 40 000 et 50 000 UYU, soit environ 1 000 à 1 300 dollars américains. L’État accorde des aides aux personnes défavorisées : les chômeurs officiellement enregistrés et les personnes à très faible revenu peuvent bénéficier gratuitement du système public de l’ASSE, tandis que les enfants et les personnes à la charge des cotisants au FONASA sont couverts sans supplément. Dans l’ensemble, compte tenu du niveau élevé des prestations, ces dépenses de santé sont jugées abordables pour la classe moyenne. En outre, lorsqu’un assuré reçoit des soins, il n’a pas à supporter de reste à charge important : il n’existe ni équivalent d’une franchise ni pourcentage de la facture à payer par le patient. Celui-ci acquitte seulement de petits tickets modérateurs forfaitaires pour les consultations — environ 180 pesos chez un médecin généraliste et 448 pesos chez un spécialiste — ainsi que pour les médicaments sur ordonnance, comme indiqué plus haut.
Toutes les principales procédures coûteuses, y compris les opérations, les soins hospitaliers et l'accouchement, sont entièrement couvertes. Cette prévisibilité des coûts est une caractéristique importante du système uruguayen.
8. Comparaison avec d’autres pays de la région
Dans le contexte latino-américain, le système de santé uruguayen est considéré comme l’un de ceux qui offrent les soins les plus accessibles et de la meilleure qualité.
Les études internationales placent l’Uruguay parmi les pays les mieux classés de la région. Ainsi, dans l’indice mondial d’accès aux soins et de qualité des soins de santé (HAQ, étude publiée dans The Lancet), l’Uruguay occupait le 68e rang mondial, devant ses voisins, l’Argentine au 83e rang et le Brésil au 96e, et n’était devancé en Amérique du Sud que par le Chili, classé 49e.
Cela confirme que, pour l’ensemble des indicateurs — couverture de la population, résultats sanitaires et efficacité du traitement des maladies évitables —, l’Uruguay se situe dans le haut du classement, devant des pays plus grands de la région.
L’Argentine dispose elle aussi d’un vaste système combinant hôpitaux publics gratuits, caisses d’assurance sociale (obras sociales) et assurances privées ; toute personne peut officiellement y recevoir des soins. Le système argentin est toutefois très fragmenté et inégal : la qualité des services est élevée dans la capitale et les provinces riches, mais nettement moindre dans les régions éloignées. Les files d’attente et la surcharge des hôpitaux publics y sont souvent plus importantes qu’en Uruguay et, bien que l’Argentine consacre aux soins de santé une part comparable de son PIB, l’efficacité de ces dépenses est moindre. L’Uruguay se distingue favorablement par une organisation plus cohérente : le fonds national unique FONASA et le SNIS garantissent un ensemble standardisé de prestations dans tout le pays, tandis qu’en Argentine les différents prestataires offrent des niveaux d’accès inégaux.
Le Chili est reconnu comme l’un des pays d’Amérique latine offrant les soins de santé de la meilleure qualité et devance l’Uruguay dans certains classements, mais son modèle est plus stratifié. Environ 80 % des Chiliens sont couverts par l’assureur public FONASA, qui présente des contraintes et des délais d’attente comparables à ceux observés en Uruguay, tandis qu’environ 20 % sont affiliés aux ISAPRE, des assurances privées coûteuses offrant un niveau de service élevé.
Le système uruguayen est, quant à lui, plus universel : presque toute la population (environ 99 %) est couverte par un mécanisme unique, sans disparités aussi marquées dans le niveau des soins entre les différents groupes sociaux. En outre, l’Uruguay accorde traditionnellement une attention particulière à la prévention et aux soins de santé primaires : ses programmes de vaccination, de santé maternelle et de lutte contre les infections comptent parmi les meilleurs de la région. Pour les principaux indicateurs de résultats, comme l’espérance de vie et la mortalité infantile, l’Uruguay se situe à peu près au niveau de l’Argentine et derrière le Chili, qui affiche une très faible mortalité infantile et une espérance de vie élevée, mais nettement devant de grands voisins comme le Brésil.
Le Brésil, immense pays, dispose du système public universel SUS, mais les problèmes de ressources et de gestion entraînent de fortes variations de la qualité réelle des soins. En comparaison, l’Uruguay paraît plus facile à administrer et plus équitable : sa faible population (environ 3,5 millions d’habitants) permet de fournir plus facilement des services à l’ensemble de la population. Au Brésil, bien que le droit à la gratuité des soins soit garanti, les délais d’attente pour une opération peuvent en pratique atteindre plusieurs années, et de nombreuses personnes qui en ont les moyens souscrivent une assurance santé privée. En Uruguay, la part des assurances privées souscrites en complément de la couverture de base est minime, ce qui témoigne de la confiance de la population dans le système. Le Brésil est également en retard pour plusieurs indicateurs de santé, et les classements mondiaux placent son système bien en dessous de celui de l’Uruguay.
Dans l'ensemble, l'Uruguay, le Chili et Cuba sont souvent cités comme exemples des systèmes de santé les plus efficaces d'Amérique latine.
Les Uruguayens ont réussi à instaurer une couverture universelle presque complète, à assurer une qualité de services satisfaisante et à mettre en œuvre de nombreuses innovations (santé numérique, télémédecine) à l’échelle de leur petit pays. Les principaux défis à venir sont de réduire les délais d’attente pour consulter des spécialistes, de continuer à améliorer l’efficience des dépenses et de faire face aux nouvelles menaces épidémiologiques. Mais pour les indicateurs d’accessibilité et de qualité des services, l’Uruguay occupe déjà une place de premier plan dans la région et offre à ses citoyens un niveau élevé de soins médicaux.
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